Derrière les promesses de l’automatisation, l’intelligence artificielle (IA) repose sur un travail humain massif, invisible et dévalorisé.
De Station F, vitrine parisienne de la « start-up nation », à Antananarivo, capitale de Madagascar, où travaillent des milliers de travailleurs des données, cette enquête suit les chaînes de travail reliant étroitement entreprises technologiques du Nord et sous-traitants du Sud. Les entreprises d’IA mobilisent une main-d’œuvre jeune, diplômée et surqualifiée, dans des conditions précaires et sans horizons professionnels.
L’IA ne remplace pas simplement le travail : elle le réorganise, en déplace les hiérarchies au niveau international et enferme une partie de cette main-d’œuvre dans des positions subalternes. Le capitalisme numérique prolonge ainsi une longue histoire de l’exploitation fondée sur la dévalorisation du travail des travailleuses et travailleurs des Suds. À travers ces transformations, une question centrale se dessine : dans un monde façonné par l’IA, notre travail humain continuera-t-il à compter ?